Άρθρο της Le Monde για την ΠερΚα

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Comment changer un camp militaire grec en un jardin communautaire

En pleine crisé économique, un immense camp militaire abandonné a été en partie transformé en jardins communautaires près de Thessalonique (nord-est de la Grèce). Envers et contre la police. 

Deuxième plus grande ville de Grèce, Thessalonique, située non loin de la Bulgarie et de la Turquie, avait une base militaire. Une immense étendue de 700 000 mètres carrés, l'équivalent de 96 terrain de football, aux portes de la ville, à Karatasou. En 2003, l'armée grecque décide d'abandonner cette base ainsi que dix autres dans la région, pour des raisons à la fois économiques - réduire son budget - et géostratégiques : les relations gréco-turques se sont apaisées et la Bulgarie est en négociation pour entrer dans l’Union européenne.

L'immense espace devient alors l'objet de toutes les convoitises, d'autant que la mairie de Karatasou l'a déclaré constructible.  “ L'armée en réclamait sa part pour la revendre, la municipalité voulait y construire un centre commercial. Et l'Église orthodoxe prétendait être propriétaire d’une partie du camp!”, résume Antonis Karagiorgas, professeur de chimie à l'université Aristote de Thessalonique. En attendant que ces litiges soient  tranchés, le terrain est laissé à l'abandon. Les mois passent, puis les années. Le camp de Karatasou devient peu à peu une sorte de jungle urbaine et les casernes désaffectées servent de lieu de rendez-vous aux trafiquants de drogue.

Parallèlement, à Thessalonique, naît un réseau comparable aux Amaps françaises (associations pour le maintien d'une agriculture paysanne), dans le but de mettre en lien direct consommateurs et producteurs agroalimentaires. Baptisé Homotrapesis (littéralement “manger à la même table”), ce réseau à tendance écologique compte parmi ses membres le professeur de chimie Antonis Karagiorgas et un jardinier professionnel, Dimitris Theodosiadis. Début 2011, l'idée de créer des jardins communautaires, répandus à l'étranger mais rares en Grèce, germe dans leur tête : “Nous nous sommes dits: pourquoi ne pas produire notre propre nourriture biologique?” Tous deux se mettent en quête de terrains à cultiver, avec d'autant plus d'ardeur qu'une quarantaine de personnes du réseau Homotrapesis sont intéressées par cette idée.

Vue de l'emplacement du premier jardin PERKA après plusieurs jours de défrichage intensif en 2009

En mars 2011, le duo écolo est contacté par l'association culturelle de Karatasou, un groupe de personnes qui se battent pour que l'ancien camp militaire soit transformé en espaces verts. Dix jours plus tard, les premiers coups de bêche sont donnés par une joyeuse bande de défricheurs, en toute illégalité. C'est ainsi qu'est né le premier Perka, abréviation grecque de periastiki kalliergeia (“jardin de périphérie”). “C'était un merveilleux sentiment que celui des premiers mois : tant d'énergie et de motivation!”, se souvient Antonis Karagiorgas. Concombres, choux, carottes et autres légumes ont commencé à prospérer. Six autres jardins communautaires sont nés depuis et le nombre de jardiniers amateurs est passé de 40 à plus de 200 en trois ans. Non sans conflit avec l'armée qui réclame toujours sa part de terrain pour la revendre. "Entre 2011 et 2013, l'armée a fait appel à la police à quatre reprises pour nous faire quitter les lieux, elle a quatre fois scellé les portes du camp et nous sommes chaque fois revenus", dit Dimitris Theodosiadis.

Dimitris Theodosiadis prenant soin de ses 34m2 de jardin. En arrière-plan, une caserne désaffectée, que son ami Antonis Karagiorgas rêve de transformer en haut lieu de tourisme alternatif.

La crise grecque a gonflé les rangs des jardiniers amateurs, dans une ville où plus d’un tiers de la population active est au chômage. Mais le mouvement se veut beaucoup plus qu’une réaction à la déroute économique que vit la Grèce. Les aspirations écologiques et sociales de ses fondateurs ont fait des émules. “Les villes grecques ne sont plus humaines. Chacun y cherche à présent sa propre survie. Les jardins communautaires ont aussi pour but de recréer un tissu social pour affronter la crise”, dit Antonis Karagiorgas.

 

Zisis Foudas, l'un des premiers membres du mouvement, confirme : "Je ne viens pas seulement ici pour mes tomates, mes courgettes et mes concombres. Je viens aussi ici parce que je suis sûr que j'y trouverai des amis. Je reçois souvent des messages d'autres jardiniers : "Attention, tes salades ont besoin d'eau!", ou "Aurais-tu des plans de basilic a échanger contre des plans de persil?". En l'été, des festivals de musique animent le camp.

En dépit de leur succès, les jardins Perka restent menacés. Les relations avec l'armée demeurent conflictuelles, même si elles se sont améliorées au fil des ans, grâce entre autres à l’impact social positif des jardins sur le quartier et au soutien croissant de la municipalité de Karatasou.  “Nous sommes bien conscients que ce terrain ne nous appartient pas”, reconnaît Zisis Foudas, . “Si la police nous chasse une autre fois, nous reviendrons encore et encore”, renchérit Antonis Karagiorgas. Les jardiniers ont cependant au moins une bonne raison d'espérer une issue positive. La municipalité, convertie, a elle-même lancé en 2013 son propre jardin communautaire dans un coin du camp de Karatasou.

Léonore Stangherlin (Monde Académie à Thessalonique)

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